Voilà, je me suis enfin décidé à déposer le petit dernier sur mon blog.
Publier chaque texte individuellement m'aurait pris trop de temps, vous avez donc le recueil d'une seule pièce et dans l'ordre, avec une tentative de mise en "pages" (qui sera peut-être améliorée ultérieurement).
Une dernière chose : à cause du format blog, certains vers seront peut-être coupés en deux, mais je ne peux pas faire autrement. Ironiquement, on nous cale dans des modèles pré-définis.
Bonne lecture.
mardi 26 mai 2009
Pour la machine
Publié par
B.H.
à
20:16
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Libellés : La machine quotidienne
dimanche 19 avril 2009
La machine quotidienne
Il y a de l’inaccompli
De l’inaccessible
Mes identités
La serrure se bloque
Tout m’est égal
Clic je craque
C’est ouvert
Bienvenue !
_________________
CARROUSEL
De retour au carrousel
Cycle
Par terre
Amuseur rom
J’ai toujours quelque trouble inutile
Et il grince
Je ne regarde pas son axe
Mais il grince
Les petites trognes blanches
Rires
Enfant pour les autres
Poids de tous les seins gaufrés
Poids de toutes les barbes à
Pomme
Tamponne
La fête sur un parking
Barrières Nadar
Je n’aime pas qu’on me prenne par la main
Hors de question de payer
Visez juste
Faufilez vous
Le labyrinthe de glaces
Jouez
Venez vous faire prédire l’avenir
« Ha ha ha »
Plate-forme tournante
Vertige
Toujours en un sens
Illusions au galop
Chevaux immobiles
Le spectacle clignotant et chromatique de l’existence
La peinture des yeux s’effrite
Ils ont la gueule ouverte
Leur gueule mécanique est ouverte
Les chevaux ont peur
Ils sont pétrifiés.
_________________
FIRST AID
Le temps se perd à vitesse d’insecte
A la longue
On s’oublie
Les balançoires du pays d’or
La rosée sur les cheveux
Les regards que tu poses
Sur ce qui ne te regarde pas
Prisons
Angoisses
Et les couleurs de tes rêves
Ce qu’on projette
La Machinerie
Si tu ne l’oublies pas
Les heures seront de larges salles d’attentes
A la longue
Ma vie
Chose lourde à porter.
_________________
DANS LES COULEURS DE MES YEUX
Le monde s’est ouvert dans les couleurs de mes yeux
Les cadrans s’affolent
Les voyants sont rouges
Qu’est-ce que le ciel fait dans le ciel ?
Prenons les commandes
Le réel n’est qu’un domaine parmi d’autres
Pourquoi
Si le sol était un jeu on se redresserait
Pour la survie des pères de famille ont étranglé des adolescentes
L’amoureuse au tout dernier instant
A ce visage estomaqué
Une chrysalide après la guerre
Au secours
Qu’apprend-on aux leçons de physique
On ne peut pas voler
Mais on dépend quand même de l’air
Et ensuite, l’adaptation
Le pouce est une chance formidable
Il branle même le crâne
Un autre cours d’anatomie
Moi je suis un papillon
Juste l’ouverture
Ni l’envie
Ni rien du tout
Alors courage.
_________________
DISPARATES
Il faut croire qu’on n’est pas grand-chose d’unifié
Des époques qui se rebouchent les unes les autres
Et s’entassent dans la tête
Sur les crevasses
Dans les sutures ou les bris de verre
L’impression d’enfance d’un enfant inconnu
Qui aujourd’hui nous regarde
Sur la table rase depuis la pure perception
Quand le corps fait mourir l’âme
Quand il en cherche une autre
Dans les interstices des choix possibles
Et qu’il n’y a qu’un silence de vie humaine
L’impermanence
Danse avec elle
Et l’avenir prend un air de rose des vents.
_________________
HOTLINE
Oui
Il me relie
Et moi je l’insulte
J’ai perdu son adresse
L’interlocuteur qui reste
Ne me tourne pas le dos
Nous nous rencontrerons encore
Qui pourra s’y débattre
Et toi et moi et moi
Toujours moi.
_________________
PRE-TEST
A trop vivre dans l’attente
Le cinéma est muet
Et c’est facile quand on ne voit personne
Pour retendre la toile et recréer les images
Venez donc vous jeter
Sur mon corps
A travers ma tête
A votre guise
Entre mes souvenirs pantomimes
Et sur mes peurs maquillées
Tout est permis
Que je sache
Si je considère le reste comme décor
Ca flicke flicke diffuse
Asseyez-vous
Identification tu tombes
Rideau baissé tu te relèves
Il y a un public pour tout
Pas la peine de chercher un siège
Il y a toujours très peu d’éclairage
Juste un halo rouge
Projecteur parental
Du pseudo social
A 24 images/secondes
Je suis sur pellicule
L’imagination provoque des interférences
Veuillez couper
Votre positivité
ENTRACTE
Changement de bobine
Pauvre marionnette tes jambes sont imaginaires
Les roses se jettent en ton absence
Ne demande pas
Qui Cyrano
Qui Pierrot le fou
Les acteurs existent une heure ou deux
Mais ce n’est pas grave
On ne joue plus
Toute la salle n’a pas payé.
_________________
REPORT
Les tests n’ont pas réussi à le déterminer
Propriété inconnue des choses naturelles
Ou plus probablement
Dans la physiologie humaine
Après expertise
Hors des muscles et dans la danse des yeux
Reste l’inexplicable
Que par commodité j’appellerai âme
Si j’en crois les mesures prises
(Après tranquillisation)
Nous décelons
Une activité intense et chaotique
Dont les variables n’ont pas encore pu être décryptées
Il y a des interactions
Beauté angoisse désespoir euphorie
Et il semble que cela soit vivant
A tout le moins, il est clair
Que « ça » a une forme de conscience
La résonance se brouille, mais
Il est certain que ça se compose
D’une forme de bouche tantôt
Trompe
Un milliard de mains
Des colonies d’yeux
Ramifications nerveuses et peut-être une carapace
Opaque
Et si c’est capable de crier, nul doute que le son produit pourrait détruire une ville entière
Est-ce que ça voit son reflet ou est-ce que ça ne comprend pas
Impossible à dire
En tout cas, pour l’instant
Il est conseillé à la population de rester chez soi
D’éviter toute action inconsidérée
Et de contacter les services compétents en cas d’incohérence
Nous mettons tout en œuvre pour contrôler le phénomène
Que Dieu nous garde.
_________________
QU’ON NE S’Y TROMPE PAS
Vous croyez les narcotiques
Vous pensez
Que si ma bouche se laisse chloroformer
Mes gestes, eux, se tairont
Voyons
Je suis plein de colère
De contradictions
Lucide
Dans le vide
Je ne lâcherai rien
Ni les câbles
Ni les gorges
Et des parois lisses
Il faut des gens nouveaux
Une foule
Pour se sentir confus
Des seins
Pour croire aux verrous
Toujours au bordel du doute
Le prix est une dette
Le sexe
Les noms inopportuns
Kilogramme
Mandragore
La nuque ne tremble même plus d’attendre
A ce qu’on dit
Rien n’était plus simple que la ligne
Des deux côtes du Caucase
Téléphonée
Et je ne retrouve plus le chemin de l’abondance
Rien n’est plus simple
Quelle angoisse
Quel bled
Solitaire
L’éléphant se cache.
_________________
JE RAME
Qui me fait la grimace
La main prise dans la rame
Subway
Pauvre fille tu étais le mystère
Maintenant ton visage horrifié
Un vitrage
Et il faut courir
Courir sur le quai
Animal machine
Mais si les chevilles ne lâchent pas
Le mur se chargera bien de disloquer
Yellow scotch
La surface divise
La peau ressent
Elle exprime ce qui se joue dans le réseau
Entre les côtes et les lèvres
Le typewriter tape
Le vérificateur check
Et il danse et il crie
Et il pleure et il tape, automatiquement
Sur toutes les plaies de la terre.
_________________
AUX AMNESIQUES
Peut-être que je cherche
Et que la nuit se repeuple
C’est sûr
Je doute
Comme le fil de soie
Comme l’antique jarre de terre
Tu me verras fragile
Amusant jouet des sources
Etranger
Il y a des jours sans lumière
Il y a les chemins en espoir
Il y a des traces partout
Reste qu’aujourd’hui,
Je me promène
Dans tous les endroits
Qui n’ont ni routes ni sens
Ni début ni fin
Le tisserand de l’univers était un orfèvre
Et je m’assois sur une pierre flottante
Entre les mondes
Entre le cheval de Troie et toi
J’entre
Dans une absence d’absence
Que mon amour sincère, véritable
Soit aussi comme moi
Ce qu’il a appris à être
Surtout pas un mur.
_________________
V³Cu
Produit d’une histoire comme H²O dans l’eau
Code barre et clone
Courroie grinçante
Je vis halluciné
Les couleurs font défaut
Rien ne sera nouveau
Mais ça tourne encore
Comme
L’efficace impressionne
Psychosomatise
Au présent
Le temps existe
Génétique
Dans les viandes
Mécanique partout
Quand je baise
Et quand je meurs
Urbain
« Vous êtes un calcul cataclysmique »
L’idée ôte tout mouvement
Quand parfois, avec un effort
Une maigre sensation revient
On force
On frappe
Il y a des problèmes de source magnétique
Annonce-t-on
Mais sans qu’on s’en rende compte
Peuplés de végétaux
Les engrenages ne disaient rien.
_________________
GMT+20
Toi, terre qui est un œil si large
Par la résine et les premières médecines
Dionysos et son diagnostic, ensemble m’ont tout dit
C’est une tumeur
Dans ta chair
Au détriment d’elle-même
Qui est le méridien de ma gorge
Cancer
Capricorne
Les tropiques du difforme
Chimère
Cellules d’ongle
De rien
De cheveu
De cœur
Mais tu ne traceras pas cette ligne
Comme la nuit sur le jour
Comme à chaque fois
Je t’en remets
Entre les mains de l’artisan des corps
Le marqueur rouge pointille toute peau.
_________________
DE MOTS SANS MOTS
Sans plus de paroles
Comme les dragons toxicomanes
J’ai du silence comme message
Le blizzard
Et l’animal sans tête
Dans ma bouche
Cette voix n’est pas la mienne
Un petit son paralysé
Impossible
Palais de mille miroirs
« Une autorité de contrôle indépendante »
Je me trompe
Les reflets jouent à cache-cache
Ils passent et tournent et leurs rires sont des fissures
Lézards sur les murs
Les gens pleurent
Comment défaire
Ma peur panthère
Les omoplates en rythme
Tu danses carnivore
L’idée a ses attraits
Tu mangeras peut-être tout
Et je ne dirai rien.
_________________
5CM DE GUERRE
J’imaginais les silver stars
Le silence caractéristique de l’intérieur
Dans une boîte plastique
Les soldats articulés
Copyright
Les gourdes en fer
Et les clicks militaires
Tout arrive par surprise
Et on peut toujours crier
Assez !
Par les vents surnaturels
Bombe H comme mon nom
J’annihile.
Plus d’odeur de poudre
Plus de marche forcée
Mais officiellement
« La situation est sous contrôle »
Avec peu de phrases
Dans les silences prévus
De la morphine pour seule croyance
Avancée masturbatoire
Sous une musique de fin du monde
Les fenêtres ont disparu
Arrivage de playboy pour le moral des troupes
Il n’y a plus rien d’autre.
_________________
UN PEU AU HASARD
Si je ne me relève pas
Le corps débusqué
Sur le ventre
Côté face
Et pile dans l’ombre
Toutes les pièces tournent en l’air
Ne m’appelez pas.
_________________
SUR LE POINT
Dans l’étendue des campagnes ou bien est-ce une ville arbitraire
J’avance à petits pas
Sous les confettis de pollens et de pluie
Comme un carnaval aléatoire
Je ne sais pas où je vais
J’ai perdu ma compagnie
A un croisement, pas loin
On s’est séparés
Toutes les mains que je tenais ne me tiennent plus
Les paumes vides forment des lignes
Pour serrer le poing
Ai-je pris la bonne direction
Tout se ressemble
Je ne porte rien sur le dos
Mais des traits de lumière zigzaguent derrière mon front
Cette peur
C’est celle du foyer qui se cache
Et pour me rassurer
Je te cherche
Je regarde derrière moi
Je me tourne vers toi, je t’appelle
Déconstruction
Tout ça n’aide pas à avancer
Ca ne sert peut-être à rien
Mais quand même
Quand même
Personne ne peut suivre le fil de la solitude et du hasard
Sans arrêt
Le vertige joue en bordure
A côté de la chute
Tu sais ce qu’on dit des territoires de la sérénité
Plein de poussière
Plein d’odeur de poussière
Pose-la sur mon visage
Comme les chaînes invisibles des dieux,
Voir, c’est avoir déjà vécu.
_________________
ON EN TROUVE DEHORS
Et qu’on nous regarde
Et qu’on s’allonge
Et qu’on s’en foute
Ceux qui s’illusionnent
Patience
Je sors
J’ai vu d’autres images
Et, d’une manière étrange
J’aime assez.
_________________
QUIDAM
Hier matin
Quidam était réuni
Par curiosité
Je l’ai suivi dans la rue
Son manteau respirait
Comme un gérontophile
Duffel coat beige
Et il fume le même tabac
Un asile pour tout ce qui n’est pas moi
Hier matin semblait semblable
Tout ça se voit
Quidam s’engage
Par déduction
Dans les peurs futures
A travers la buée hors de ses lèvres
Ce qui est une preuve de vie
Mais même
Sur ses lunettes qui en voient long
Sur mon existence
Quidam se renferme
Par ailleurs
Ses gants en cuirs déteignent
Rien ne le concerne
Ma vie est plurielle
Comme sa marche est lente
Il a tourné au coin
Il ne remarque plus grand-chose
Quidam imperméable
Par hasard
Pourquoi je suis là
Le travail se termine
Croyances inutiles
Peut-être qu’on déambule
Rien n’y fait
Il est allé
Il est allé où déjà
_________________
LA PLACE DU MORT
J’étais en coma
Dans l’obscurité mate de ma chambre
Asphyxié
Et l’après-midi
Le rideau filtrait habilement la lumière
Dans mon état amorti
Fœtus en slip
Comme une pute mystérieuse à l’intérieur
J’ai entendu une voiture
Alors
J’ai été transporté de mon lit jusqu’à l’habitacle
Weed
CO²
J’ai senti
Hors d’usage
L’air froid et cloisonné de l’hiver
Carcasse
Et à l’intérieur même du métal
Mes côtes saillantes
Odeurs d’essence
La cylindrique toussait
Comme un fumeur déprimé
Le rétroviseur de travers
Des traces de sueur sur les sièges
Puis il y a eu
Les tressautements
La vibration sourde des vitres
Spasmodique
Un cric
Haut-le-corps
La rouille crisse
On freine à la main
Et la catalepsie file
Pied au plancher.
_________________
VAS-TU BAISSER LA LUMIERE ?
Vas-tu donc baisser la lumière ?
Cet interrupteur à portée de ta main
Pourquoi ne le cherches-tu pas ?
Qu’y a-t-il qui t’effraie dans l’obscurité
Que te faut-il de plus que ma voix
Si tu cherches du sens
Si tu veux voir la beauté
Il faut rendre tes yeux
Te mettre debout
Lâcher ma main
Avoir confiance
Tes genoux sont stériles
De toutes les prières, tu te souviens ?
De tous les rêves
Si tu hésites, si tu prends peur
Souviens-toi
Le chemin de ma parole
Dans cette pièce que tu croyais connaître
Et où je t’ai fait découvrir toute la mythologie
De tous les temps
De toutes les bouches.
_________________
AZA POUR MOI
Parle-moi
Alors comme ça tu es modèle
Tons argentiques
Tu ne regardes jamais au-dessous de l’infini
Et de loin, c’est comme si on exposait un jeu d’échecs
Chevauché en elle
Ne bouge plus
Que j’ose violenter la beauté
Pour la tirer où elle est vraiment belle
Sur terre, parmi nous
Parmi moi
Dans les hommes
Dans les hommes qui vomissent, qui pissent
Fous végétatifs
Et ils pleurent pour les femmes
Elles qui pleurent pour rien
Qui pleurent pour le monde
Ce qui devient mon œuvre
Et les regards sont troubles
Comme 200Watts dans l’eau
Tout se résume à un tube
Sans altitude
Quand j’immortalise
N’hésite pas à comprendre
Rien n’est beau comme un visage flou.
_________________
ET A ECRIRE
Voilà l’image de l’homme que je professe
Que je souhaite
Il est faible
Il est sale
Plein de colère et de sperme
De sang
De nicotine
Mais il lève la tête
Il a l’audace d’être
Quand il pisse
Quand il mange
Ta bouche et ton corps sont un champ fertile
Et si c’était moi
Tôle et malaria
Et Kubrick
Pétrole et USA
Et Nobel
Dynamite Ratzinger
Et Gandhi
Ecolo
Roméo
Et justesse
Amour dopamine
Et le reste
Ne dis rien
Qu’il reste à faire.
_________________
LAPSUS
Absurde
Même la nuit dans les ruelles qu’on n’éclaire pas
Sauf du meilleur profil des villes
Mesure bien ce que tu as perdu
Autre chose que l’art
En mettant tout derrière les vitres et hors de moi.
_________________
COMME UN ROI
L’acte imparfait triomphe et joue
La répétition, les murs
Sur les cases de ma démarche
Schizophrénique
Entre tous les regrets
Dansant
En prenant
La peau rugueuse et la beauté du manque
Les situations mates
Je ne l’ai pas encore mis en échec
Mais si mon temps doit être un cycle, alors soit
Tour
!?
Jouons autre chose.
_________________
SCARLET
Tandis que mille joies servent des alcools sucrés
La sensualité prédatrice raconte
Sous sa coiffure à cent bâtons
Et son nez dédaigne la galerie en même temps qu’elle charme
Comme elle chassait la solitude
L’animatrice de tes soirées
Et sans connaître personne
Tu te promènes dans des salons privés
Quand tu donnes le bras à l’amour
(Starlette en robe on dirait)
Bavarde avec la soif de vivre
Et le rebondissement
Générique
On enregistre les rires
Applause, PLEASE
3, 2, 1
« Mesdames messieurs… »
Zap
« Bravo ! Vous repartez avec… »
Zap
« … tout ce que vous voudrez »
Mais au final,
Cathodiquement
On est en couverture
Pour quelques sourires et un flash.
Zap.
_________________
ANAGRAMME
J’ai rêvé le plus terriblement
Ce soir
J’étais sous haut de forme
Par une fin de quarantaine grandiloquente, je débordais dans un costume vert
Des bottillons blanc et noir et des dentelles absurdes
A toutes les manches
Une voûte métallique remplaçait le ciel
Au-dessus des rues nécrotiques
On entendait partout les hurleurs hurler
C’est la nuit du chapelier fou
Bonsoir vous
La ville était pleine comme un estomac de parricide
On se pressait partout dans la fumée, les porcs éventrés
Le visqueux que j’incarnais agissait à ma place
Je ne pouvais rien faire
Vizir, de révérence en révérence
Le plastron transpire
Siffle et siffle
Un mouchoir de poche
Il souriait
Dispersant
Montre tic tac d’or
Le peu qu’il reste de mon nom
Promenant toute ma fierté dans son miel bizarre
Bonsoir
Et je l’observais, impuissant
Parader main dans la main avec sa bourse
Concupiscant
Dans les rues les égouts
Parmi les rats
La rue des putes à queue de rat
Tout était ainsi, et personne ne m’entendait
Il n’y avait qu’à subir toute l’horreur du monde
C’est lorsqu’il a posé sa main rongée sur les cuisses blanches d’un jeune garçon
– Il avait le regard de la misère
Sa chemisette toute pleine de taches
La langue coupée
Et la figure profonde des violences
Pas un cri
Pas une larme
Et ça passe
Bonsoir, petit homme
C’est donc lorsqu’il a posé cette main
Qui fit les choses les plus atroces dans les ruelles orphelinats
– Et ça ne devait pas être la première fois
Que j’engloutis toutes les formes de honte et les répugnances
Et tout mon supplice
Et toute ma colère, tout mon dégoût
Toutes mes peines résonnaient à chaque pas qu’il faisait, vidé d’un peu de lui, le menton sur le crâne, sur le chemin du retour
Le soir même dans ce lieu souterrain et sans lumière,
Il mangeait à sa table
Avec les mêmes doigts
Je désespérais
Il n’y eut pas une seule de mes particules qui tendait vers autre chose que le meurtre
Alors par miracle, cet horrible corps à deux âmes changea de propriétaire
J’ai senti ma volonté remplir les veines, les organes
Et les muscles
Et peut-être qu’il y avait trois âmes
Alors par justice, j’ai griffé la figure
J’ai déchiré les vêtements
J’ai cogné les mains sur toutes les parois jusqu’à les réduire en petits morceaux d’os rouges
J’ai réussi à pleurer
Pris d’une crise de spasmes violente
Pleurant, me mordant la langue
A bout de forces
Je détruisais le monde
Quand tout fut brisé
Empreint de vomissures et de sang
J’ai regardé dans la glace
Et je me suis vu
Jeune, beau comme ma chemise blanche
Puissante plume du phénix
Père de tous les enfants
Et l’autre aussi pouvait voir
Et il avait très peur
Pas parce qu’il était à l’agonie, quelque par dans la boue de mon cœur
Mais de ce qu’il venait d’apprendre ce soir-là
Par-delà le rêve
Par-delà le soi
Les rêves sont délicieux
Les rêves sont vivants
Ils ne sentent rien de l’odeur de la mort
Et ce qu’il reste d’humain ne perd jamais
Bonsoir.
_________________
A VOL D’OISEAU
Quand la limite de minuit aura bien avalé ma gorge
Dans les coins
Enfin
Je serai à nouveau vide
Et alors seulement
Mes beaux yeux arriveront en ligne droite
Kaléidoscopes
Les bassins et les deltas finiront
Ni coloriage
Ni cascades
Ni trompe-l’œil
Rien de moins que mes traits.
_________________
7H58
Le jour se relève en s’appuyant sur ma poitrine
Harcèlement sexuel du bip réveil
La population de mon visage s’étire
Aurore,
Je reprends conscience
Le sang rappelle le silence
Autour
7h58, nous avons le même âge
Une pensée
Pour le temps où j’avais
L’improbable réalité
Les mains sur les yeux des berceuses
Des gâteaux confortables
Des bras pour mon cou minuscule
Chaque promesse réalisée
Tentative de stabilisation
ASSIS
Mise au point
Analyse
Aujourd’hui, j’ai laissé tout ça derrière
Dans l’interprété
Si loin que ça m’obsède
Je ne me retourne pas
7h58 heure d’impact
Une pensée
Dans le grand n’importe où
Je regarde encore
Les étendues en attente
Le degré zéro par devant
Surcharge
Je me lève
Je respire et c’est le vertige
Je devine que l’angoisse n’est pas seule
Ca ne lui pose aucun problème
Moi, 7h58
Ca me travaille
Moi je lui trouve un air
Suspendu dans l’air
Un enfant perdu est venu me trouver ce matin
Et il a les cheveux blancs
« Pourquoi tu m’as laissé derrière l’espace ? »
Une pensée
Ce que 7h58 saigne
Des retours en arrière
La pression surhumaine
Comme l’uppercut de 20 tonnes
Et les pieds voltigent au plafond
Et le crâne pivote
Et le cadran se dérègle
Sept et cinq et huit
« Perturbation » n’est qu’un mot
Le robinet bat la mesure
Une pensée
Si elle est liquide
Mon corps est fait d’ondes et d’écho
BOURDONNEMENT
Quand la distorsion prend par surprise
Debout comme face au premier soleil
Clignotements rétiniens et perte d’équilibre
Comme
Un croquis mobile
Il faut avancer son pied
Sur le sol élastique
Une pensée
Pour ne pas tomber en arrière
Comme le serpent mue vite
Par un pas
Il n’y a plus rien à perdre
Par étapes
7h59.
(Ne la laissons pas seule)
_________________
QUELQUE CHOSE FUSE
Donne
Tout qui résonne
Si on se parle à soi
Rattrapages
Revenez
Pour savoir et en rire
Montre
Tendez-moi la main
Parce que je suis seul
Crie
Et que personne
J’aimerais
Mais je suis bien conscient
Espère
Qui n’a pas d’avenir ?
_________________
PLATE-FORME
Puisqu’il faut que je raconte
J’étais sur la plate-forme
Près de là où vous m’avez trouvé
L’air ambiant tiédissait
Je ne savais pas à quoi elle avait pu servir
A cet endroit, il n’y a ni ressources
Ni industries
Je respirais très mal
Il y avait des tiges de métal apparentes
On avait dû stopper la construction
Ou bien le temps avait eu le temps de
Vous savez
Il y avait des herbes sèches
Une fleur inquiète s’extrayait d’une fissure
Les insectes eux-mêmes désertaient
Voilà où on arrive
Quand on ne regarde pas où on va
Pressée en tous sens
Par les soupirs de l’altitude
La plate-forme se trouvait tout au bord d’un précipice
Sur le point de rupture
L’écho qu’on a mis là n’a pas appris à parler
On ne voit pas le fond du fond
Mais parfois on refuse de voir
Je ne savais rien de ce qu’il y avait en bas
Je n’évaluais la distance
Qu’à la manière dont on s’imagine vieillir
C’est imprécis
On ne soupçonne rien
On ne pense pas revoir une larme
Je ne pensais pas vouloir sauter
Comment j’étais arrivé là
Par quels chemins idiots
Aucune idée
Se sentir vivre
Boire à la source des sources
Être ébloui
Tout m’était égal
Ma chair pourrissait
J’avais faim de tout
Je saignais
Sans m’en rendre compte
Mais le sang a fini par se répondre
Et quand on implose
Ca coule dans la fissure comme dans la bouche d’égout
J’ai alors compris que j’étais au sommet d’un désert
Désert parce que la vie est impossible
En un tel lieu
Et j’ai voulu m’enfuir
J’ai couru de toutes mes forces
Oubliant les limites
Oubliant le promontoire
M’oubliant moi-même
J’ai foncé vers le vide
Ma chute a duré des centaines d’heures
Puis ce fut une autre forme de vide
La suite, vous la connaissez.
_________________
J’AI OUBLIE DE VOUS DIRE
Ce qui chute
Ce qui vole
Ce n’est pas qu’une question d’ailes
La chute
Elle donne à voir la peur
Et autre chose que le vide
Ou bien la fleur fanera
Ou bien je la tiens dans ma main
Je pense à tout à la fois
Mille fois je pense à tout.
_________________
CAVE
La cave fait plein de cliquetis
Au milieu du stock de l’être
Et de l’humidité éducative
Les sorties de secours ramènent toutes au point de départ
Pourtant je suis entré
Ais-je jamais été dehors ?
Un junkie a dû couper la ligne de l’ascenseur
On ne doit pas descendre souvent
Il y a du courrier de 88
Urgent
Fragile
Je ne sais pas
Combien de temps
Je ne sais pas
S’il fait nuit ou jour ou si c’est déjà la fin du monde ou si je rêve
Si seulement j’avais une cigarette
Quel type d’entreprise est-ce ?
J’ai trouvé des préservatifs
Des morceaux de poupées
Des boîtes de conserve
Un calendrier
Des flacons périmés de lait maternel
Et un « Interdiction de stationner »
Les piliers sont de grands rectangles aux bords rongés
Tout ce que je fais produit un écho
Mes inspirations
Des mains qui serpentent
Entre les caisses
Un battement s’accélère
Et des choses souterraines
Je labyrinthe
Tout se replace
Et au-dessus j’entends des pas
Des couloirs
Restructuration
Des marches
Un type en bleu
« Mais monsieur, la porte était ouverte »
_________________
CHAQUE SECONDE
Qui se recouche
Qui a peur d’être irréel
Qui a peur de l’intuitif
Parce que tant de belles choses
Il faudrait codifier l’atypique
Quel cirque !
L’échappatoire, c’est l’autre.
_________________
HOLDING
Je ne te connais pas, mais
Il y a ton nom
Ce que j’ai à dire
De toi à moi
J’ai rencontré, comme on touche le roseau
Celui qui mange la tristesse
Et la brise le fait trembler
Tu sais
Certaines de ses nuits avaient été trop longues
Des mots sensibles
Il connaît une petite fille timide
Aujourd’hui
Pas un mot pour rien
Une empreinte pour toujours
Et il m’a parlé de toi
Des mains musicales et déliées
Une grande fatigue
La recherche absolue
Dylan te parle
Observateur du vide
Tu abrites tous les silences
Mais tu ne souris pas
Tu n’as pas l’impression d’avoir trouvé un refuge
Toujours incomplet
Tu attend un retour
Tu ne dis pas tout
Tu sais, à une époque
J’ai connu le goudron
J’ai senti le métal
Et mon esprit jouait un jeu cruel à chaque étage
Je m’évanouissais
Les pilules pour dormir
La haine dans chaque œil
L’ennui
J’ai tué tant de choses qui sont moi
Peut-être que plus jeunes
Nous aurions été amis
Deux âmes
Comme au jaillissement d’un fleuve
Même foudroyé
Tu as toujours ces mélodies en tête ?
N’es-tu pas triste
Du sang et des étoiles
Dans les rues rouges et vertes
Quand tout était à portée de main
Pourquoi es-tu en fuite
On n’attend rien de toi
N’attends pas non plus
Il ne faut rien attendre
Des isolements acouphéniques
Le noir de tes yeux n’y renvoie rien
Un de ces soirs tu comprendras
La tonalité emplira ta chambre
Comme une tempête insoluble
Et à toutes les heures de toutes les nuits
Tu te dirigeras à ta fenêtre
Il n’y aura plus qu’elle
Tu ne verra plus la fin de rien
Et le cœur arrêté
Depuis ton building facile
Fais-moi confiance
Tu regarderas très loin
Comme la vie est dégueulasse parfois
Comme tout est fragile
Alors
N’oublie pas que tu aimais les salons enfumés
Et le sourire du poète.
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RETRO TANGO
A chaque fois que quelque chose termine
Et que la pensée redevient
Hystérie collective au dernier étage des thérapeutes
Toujours
Je me dis la même chose
Cardiologique
Si les femmes accouchent sur le trottoir les gens meurent sur le trottoir
S’il y a des essais
Si on déchire tout
Le réel ne persévère pas
On n’a que les rêves pour le croire
Bien plus que l’espoir
La vision du monde
Qu’est-ce que tu racontes ?
Les questions se déplacent et stagnent
Pourquoi de l’altérable
Pourquoi sensible
Pourquoi l’ascenseur et pourquoi si peu de paroles
Pourquoi cylindrique
Pourquoi nomade
L’arrachement
Toujours vers l’avant
Carburant
Le sang est tiède et sûr
L’homme l’a compris depuis longtemps
Rien ne reste
Les rivières ne s’arrêtent pas
Même en hiver sous la glace
En arrière, trop tard
Et survivre
Kevlar
Je suis encore là un moment
Combien ?
Aucune idée
On verra bien
Ton horoscope ment alors
Viens, Aléa
Danse un peu pour moi.
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JACK
Les guitaristes se croisent dans la rue et se reconnaissent
La place carrée et l’air gris et l’air blanc
L’air cigarette
Alors c’est un visage
Enregistre ton hurlement
Un tuyau relie parfois quelques gueules
Et quelques gueules se parlent
Larsen, tu étais pourtant debout
Tu te rappelles
Tes regards portaient le ciel
Ne t’inquiètes pas
Ronge
Que des plaintes électroniques
Qu’a-t-on fait aux femmes d’artistes ?
Cogne et claque
Que peut-on encore espérer
Les ongles qui grattent
Ni même un contact
De la technique
ZX chiffre
Les mots sont vides
Les ventres éclatent à chaque
« Tchack »
Ce n’est pas une langue
Mais ils le sentent
Tout se lie et se branche comme le jack.
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ET JACK SUR LE CIEL
Blanche comme les racines fécondes
Sur les paumes agiles
D’une ville endormie
Egarée
Dans la chorégraphie intense
Qui salope à la surface les belles aspérités des chapes
(Et les rayures blanches)
La réaction fut fulgurante, les épicéas préparés
Pour le soir d’un bal mental
Gloire aux neurones
Highway
D’une rive à l’autre
On passe le flambeau
Et quand les mains de charbon plantent
Elles relèvent la tête de la terre
Le fertile se couche tard
Ses rêves sont atomiques
Le sel est balayé
Le monde coule le long de ma jambe
Et si tu rends sa langue à l’étrange
L’autre n’a aucune cruauté
Qui est la cruauté du miroir
Et je m’assois entre les fleurs sauvages
Et je pourrais être une constellation.
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CORRIDOR
Riez quand je passe
Riez que vos pauvres phalanges se brisent
Je marche
Je marche avec l’amour et je le fais marcher
Et vivre
Toujours comme le héros grec
Simple homme de lance et de chance
Pour une fois
Prends tout en main
Dans tes mains pleines de poussière
Puis regarde ce que tu as fait
C’est ça
Cessez d’assourdir ma voix
Qu’on m’entende
Je suis parmi
Et je veux qu’on crie
L’époquée spasmodique
D’attendre un signe
Et la gueule écumante de la peur
Tu reste dans le flou
Développe
Parce que la pluie déchire
Parce que c’est trop facile
Parce que
Trop d’êtres en demande
Trop de mains en l’air
Dans le vide
Qui tournoient et n’attrapent rien
– Le vent ne se mêle pas au peuple
Sois cette fois celui qui chante
Obscur beat ou flûte de pan
Devant
Celui qui voit est vu.
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DES CHOSES QUI ARRIVENT
Ma zone magnétique a la caresse des plantes une nuit de fin d’hiver
Certaines provoquent des délires
Je m’égare moi-même
Aphrodisiaque
Et si mon visage est le don de tous les dons
Involontaire
Choisiras-tu d’y voir un signe
Ou me diras-tu encore
Comme il peut manquer
Comme le cul de sac et comme le container
Comme les fils se tendent
Comme ce que tu sentais
Quand je posais ma bouche sur ta bouche.
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CE QUI APPUIE SUR TES YEUX
Toujours retenus
Toujours empêchés de voir
Parce qu’on veut garder la mappemonde bien ronde
Est-ce ça la vraie vision
Y suis-je parvenu
Ou bien les territoires sont sans limites
Ou bien le ciel pourrait arrêter de se coucher
Personne ne l’admettra
Les gestes aveugles ont une couleur
Ils disent nomade et moi j’habite partout
Les hommes sont pénétrés
D’univers en univers
Les passions parlent bien aux sourds
Et mes mains disent le reste
N’écoute pas si tu veux
De toutes façons tu sais
Ce qui appuie sur tes yeux
Le jour
La nuit
Quand tu marches dans la rue sur l’impact de l’anonyme
Quand les pôles sont derrière et en bas
Quand tout se détourne
Quand je crois
Que pour la vie mystère des femmes
Une poésie existe encore.
_________________
LE VIVANT
Des machines observaient la vie depuis un bip
Bouchers et aiguilleurs s’essuyaient le front
L’anxiété était restée à la porte
Trop surnaturelle
« Qu’est-ce que le vivant ? »
Demanda le vagin à la sage-femme
La réponse se contracta derrière un masque :
« Oh, le vivant, voyons, c’est…
C’est ce qui se fait
Toujours
Partout
Béant
Dans la sueur et le sang
Maintenant
Tout est permis
L’homme n’est plus artificiel
C’est l’homme pour l’homme
Pourtant
Par vibrations
Il reste branché
Ca le calme quand il essaye
Quand il est seul »
Et le silence était moins inconnu.
_________________
PETIT OISEAU TOMBE DU NID
A tous les transferts
Au miracle et à la nourriture
Au peu qui résiste
Sur la dernière branche de l’arbre le plus bâtard du monde
Savez-vous ce que murmure Œdipe ?
Parce que j’ai peur de crier comme mon père
Je ne suis pas son fils et je ne l’ai jamais été
Vous ne saviez pas ?
Les pères sont asexués
Comme la turgescence
Père autoritaire
Carotte et bâton, hein
On ne dresse que les chiens
Barbe tyrannique
Camisole de faiblesse
Tu ne dis rien
Je peux frapper
Baisse les yeux
Naisse ma deuxième chance
Tournevis et prostate
Je te hais
Image modèle
Je t’aime aussi
Prends-moi dans tes bras
Les plus forts du monde
Toutes les merveilles dans ma maison
Tous les métiers dans tes mains
Pour me faire vivre
Ris
Essaye encore
Fais rire le gosse
Tu n’y arrive plus ?
Depuis que je t’ai battu au bras de fer
Pardon
Tu ne ressuscites pas
Je n’ai rien d’autre à t’apprendre
Et ma mère, qui pleure
Qui pleure
Je suis un ventre détruit
Et toutes tes peurs depuis
Vieille salope, toi qui m’a rendu faible
Pour te pendre à mon cou
Toi qui m’a fait avoir si peur tout le temps
De moi pour moi et autour de moi
Toi qui n’apprends pas
A être égoïste et têtu
Toi qui politise
Ton lait analgésique
Sécurité
Mais je n’ai plus d’yeux pour toi
Tu sais très bien d’où je sors
Les grottes m’écoeurent
Comme j’ai peur des caves
Hystérique pour une tache dans mon lit
Baiser ma mère
Est-ce que c’est ça
Est-ce qu’ils ont raison
Maman
Ôte ma main et toutes mes conneries de ton cœur
Je me rends compte
Comme tu n’auras jamais honte
Enfin, si peu
Mais tu sais
J’ai passé très peu de temps à t’appartenir
Ombilical
Quand tu rêves de médecine
Le futur me marie et j’aurai peut-être une fille
Placez les guillemets où vous voudrez.
_________________
POISSON LUMIERE
La mer attire le ciel dans la plus pure de ses lignes
La nuit des marées les plus hautes
Quand l’espace est d’argent
Regardez les vagues
Regardez-les monter vers le ciel
Puis retomber, avec leur cri de vague
Pour faire place aux suivantes
(Mais elles montent quand même)
Regardez
Si un soir
Au sommet de l’une d’elles
Vous voyez un poisson lumière
Il sera le témoin aveuglant de la plus pure évidence
Car il détient et expose en un saut
Son extraction de l’eau
L’universel enseignement
L’esprit
Ce que l’ombre entoure de clarté
Ce qui est rare
La vie sursaute.
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RIEN DE CE QUI N’EST UN POIDS
Que fais-tu ?
Je regarde
Je regarde et c’est tout
Rien de ce qui n’est un poids
Ce qui porte
Intuitivement
Vers la fin
Nulle part
En homme libre
Du grillage sur la main
Confus
Barbouillé
Et les chevaux me regardent
Et les voitures pourraient me tuer
Je dormirai n’importe où
Je mangerai ce qu’il y a
Alors à quoi penses-tu lorsque personne ne parle ?
Aller au hasard
La route plus haute que toutes les autres
Ruban aigu
Unissant les milliards de directions
La promenade y est fluide
Comme une flamme dans les navettes blanches
J’aimerais que tout le monde me suive
Partage
Pour qu’il y ait de la chaleur
Personne et autrui
Mais s’il faut y mettre le prix
Ne plus jamais voir les visages qui furent les feux follets
Technicolor
Vos visages
Sachez juste
A quel point je vous ai tous aimés
Toi aussi
Comme vous étiez bâtisseurs de merveilles
Ce que vous avez abrité
Gardez bien ce souvenir en vous
Gardez-le
Vous savez bien ce que cachent les cagoules noires
(S’il vous plaît
Pardon)
Et les grandes paroles.
_________________
ALYSSIA
Une petite femme que j’ai connue gamine
Et qui aujourd’hui
Porte sur ses bras les ecchymoses populaires
Dans un endroit très improbable
Est venue vers moi
Elle m’avait reconnu
Moi je ne me connaissais plus
Je m’enfonçais dans le poème sombre qui devenait ma vie
Elle m’a dit
Avec toute l’authenticité de la terre
Que les drames n’existaient pas
Le cinquième acte n’a jamais été écrit
Et la douleur ne part jamais
Tout ça devient l’homme
Mon crayon est resté sur la table
J’ai pleuré
Je l’ai embrassée
Et je suis parti, sans me retourner sur rien
A la conquête du monde qui ne pèse pas un gramme.
_________________
NE TENTONS PAS LES CHIENS DE SISYPHE
Tu sais consoler
Tu sais faire rebondir le calme
Parce que la vapeur est une amie
Tu pourras bien observer
(J’ai des dons d’observation inouïs)
Laisser les choses venir
Tout ce que je peux faire est vraiment moi
Tour à tour
Musique
Drogue
Le geste est une définition
Presque aucune lumière et tourner en rond
Si c’est une cage
Se fatiguer
Retomber sur le lit
Plus vraiment un visage
Et mes mains grésillent
Sans fond peut-être
Pour que les buildings fourmillent d’êtres qui hurlent
Il y a du talent
Pour redire pourquoi l’attitude s’emprisonne
Il y a l’énergie
Pour ce que je peux sauvegarder sous les geysers de sang
Il y a tout l’effort qui reste
Et qui reste la vie.
_________________
LE FER A L’AIMANT
Et tes agresseurs peuvent être jongleurs de fêtes
Et d’autres langues entendues
Et tes doigts
Sculpter le plaisir
Et l’art
Et des digues
Pour les larmes que tu peux comprendre
C’est ainsi qu’on changera tes yeux.
_________________
AMMO
Comme visionnaire j’ai des maquettes dans les mains
Et comme photocopie, un peu de vie
L’angoisse se transmet par regards
Tourne sept fois la langue
Sous pression
Imagine le script
Par projections
Tu pourras peut-être
La came en toc
Arrange-toi avec
Mais si la vie est un tel jeu
Roulette russe automatique
Si ça tourne, six
« On » projectile
Ca ne rate pas
Mais moi,
Comme architecte
Je ne joue pas l’absurde
J’ai plus d’issues que le cri
Mieux à créer que l’impact
Plus à faire que de temps
Radioactif d’amour
BOUM
Fzz.
_________________
DES GRAINES QUI REMUENT
Certaines fois
La moitié du monde ressent un frisson
A cette même seconde
Il y a deux bras pour connecter les silencieuses
Aux poumons du vent
Inspiré
Quelque part quelqu’un
Est devenu catalyseur
Et descendait la chaleur centrale du ventre
Même si rien ne change
Tout est très lointain
Tout est très inconnu
Les jeunes filles qui discutent
Les vieillards inimaginables
L’amour comme le lancer de dés
La mer froide et répétitive
Sous le ciel gris dont les mouettes raffolent
Les yeux ne se croisent jamais
Dans mes mains fines et boueuses
J’ai planté un arbre pour qu’il se montre à tout le monde
Il est réel
Il ressemble à un miroir dans la terre sèche
Sans teint
Il ne nous lie plus à rien
Observe-le
Superpose-le à mon regard
Et qu’on rompe le silence.
_________________
IL Y A EU DE L’EAU
Après quelques verres, un soir sans unité
Un homme en Mars retrouva de vieilles photos dans un tiroir
Sur chacune
Il vit un être rouge comme une diagonale
Il eut un sourire
Une pensée pour un autre temps
Et comme chaque seconde un enfant naît
Il se mit à ranger un peu.
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B.H.
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Libellés : La machine quotidienne, Poèmes
jeudi 26 février 2009
Pour Nascita
Si vous pouvez, lisez le recueil dans l'ordre : de Séjour à Motus.
Bonne lecture !
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B.H.
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17:03
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Motus
Sur le retour d’autres insomnies
Dans le désordre éteint et pâle
Parmi toutes ces choses qui résonnent
Je me chuchote le réel
Je ne le reconnais pas
Quand je regarde son air calme ou ses nouvelles figures
C’est étrange
Il se dit familier
Mais j’y remarque des nuances
Un peu grises un peu blanches
Ce n’est rien
Pour l’instant
Je ne m’attarde pas
Je récupère dans le vide
Des milliards d’idées, de possibles
Qui ne se fixent que peu
C’est la nuit, dans ma chambre c’est l’aube
Des cortèges de phares serpentent en bas
Une procession lente et carbonique
Je fume, penché au balcon, les bras à peine vivants
Et, entre les immeubles, j’observe la ligne du ciel et de la ville
Son brouillard mélangé, les lumières égales des néons
L’équivoque des croisements
Jetés par habitude
Dans tous les sens mécaniques
Je scrute les vitrines
Le savoir de l’asphalte
Les trajets comparables
Et la lune loin, loin au-dessus
Je sais qu’elle me regarde aussi.
Publié par
B.H.
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Libellés : Nascita rouge, Poèmes
L'Orientale
J’ai un jour aimé l’Orientale
Déjà femme
Quand je l’ai rencontrée,
Au bout d’une route dont j’ai oublié le nom
Sur un carrefour de campagne,
Entre soleil et automne
Le sol était déjà humide mais l’air devenait sec
L’air sec du bout de souffle
A l’époque, mes amis me fascinaient
Et je jouais au théâtre, des rôles impossibles
Sur une scène entourée de rideaux rouges
Les pays n’avaient pas de politique
Je ne regardais personne dans les yeux.
Il y avait
Un rien dans la chevelure, le soir sous les bouteilles
Les langues de Babel
L’audace des Orson Welles
Des mains qui se cherchaient déjà
Il y a eu
Les canapés de boudoir
Des trains fatigués en gare
Qui repartaient quand même
Le guet-apens des aiguillages
Ma petite correspondance
De jeunes poètes dans les tabacs
Ni réponse
Ni retour
Ni traces de pas,
Personne n’écoutait plus la philosophie
Mais les gens connaissaient encore les banques
L’inconnu se rendait visite
Il repartait inquiet.
Mais lorsque, sous un manteau de brume,
Les nuits lançaient un monologue
Et que personne n’entendait plus
L’âme des femmes savait briller deux fois
Comme si la gravité avait été un mythe
De la lune à la terre
Et de ses lèvre aux miennes,
Les fenêtres projetaient des rayons dorés dans les vieux appartements
La poussière avait l’allure de l’encens
On écoutait encore les mêmes vieux disques,
La radio creusait plus bas.
On croyait être sur une seule voie
On croyait qu’on choisissait
La liberté était mystérieuse
L’innocence têtue.
Je ne pensais pas que personne soit déjà mort
Quand on me racontait,
Ce sont des souvenirs, mais je pense
Avoir entendu des récits de voyage
Des gens couchaient ensemble
Les voitures tombaient en panne
Et on ne connaissait pas la langue
Et on n’avait pas d’argent
Il faisait nuit ou jour
On rencontrait des femmes plus âgées
On faisait l’amour avant de partir ailleurs, dans la chambre 310
Les emmerdes se frôlaient de justesse
Je n’ai jamais vu de photos, jamais eu de preuve
Mais quelque chose était vécu.
J’étais toujours en train de lire un livre
Quelques pages par jour
Et je ne comprenais pas tout
Comme je ne comprenais pas les femmes
Comme je ne savais rien.
Et un jour, j’ai aimé l’Orientale.
C’était peu de temps après d’avoir su son nom
C’était à la saison de ma naissance
Et je commençais à ne plus aller au théâtre
J’écrivais beaucoup
J’allais apprendre
Pourquoi les hommes étaient nus
De quoi la femme se réchauffait
La vie qui manque
Pourquoi les murmures, pourquoi on avait peur de la guerre
Pourquoi on ne pensait à rien
Les allers et retours sont devenus plus fréquents
Sans connaître la poésie,
Je lui écrivais déjà des poèmes
Et je voyais beaucoup d’aveugles
Et le théâtre pâlissait seul dans son script.
Des instruments bizarres s’offraient à la vue
Sur le plafond étroit
Qu’on regardait
Palpables sous les draps
Sur la réalité, mais un peu à côté d’elle
Je croyais ne penser à rien
Mes amis sont tous devenus différents
Les Etats-Unis changeaient de président
Je m’en foutais,
J’avais autre chose à connaître
Un autre soir, un autre lieu
Mes intuitions
Les corps sont clandestins
Et j’écrivais des poèmes
Les heures filaient bien vite
Chaque vérité renvoyait des rayons aigus
Et je plissais les yeux, et je réfléchissais à tout
L’inconnu était dans chaque geste
Les unions tendres et maladroites
Dans les jours qu’on habillait d’épilogues
On oubliait parfois que je n’avais pas d’argent, que je marchais à peine
Qu’il fallait dire au revoir
Que, dehors, l’Europe se rongeait la jambe
Qu’il y avait de l’absurde
Que le monde devait tourner au chaos
Une génération baissait les yeux.
J’ai entendu, sans le vouloir
Mais j’ai entendu
Il paraîtrait que nos visages se fermaient
Quand on écoutait
Les scènes bizarres dans la mine d’or
Qu’on ne voulait plus savoir la fin des films
Il paraît que ses yeux tremblaient
Quand on lui disait qu’elle partirait bientôt
Qu’elle me cherchait dans les lumières des villes,
Lorsqu’elle volait au-dessus de la France ou du Luxembourg
Les avions sont un spectacle de plus
Ils font un bruit nouveau, ils emportent loin
Des bagages se perdent,
On nous parle de frontières,
Possible de respirer à dix mille pieds
Le fuselage peut brûler
On oublie
Il paraît que certains soirs j’ai pleuré seul.
Alors, je suis retourné au théâtre
J’ai joué tous les rôles
Mais j’étais devenu très mauvais acteur
Je ne pouvais plus enfiler de costume
J’oubliais mon texte
Il y avait la guerre dans plusieurs pays
Je n’en savais pas plus
On parlait peut-être d’Israël
J’ai beaucoup fumé, j’ai tourné en rond
J’ai souri à mes amis sans plus les connaître
J’écrivais encore des poèmes
Je me suis souvenu
Je regardais des peintures et des photos
Des indices
Je devinais déjà
J’écrivais beaucoup
J’avais une petite coupure au doigt que je laissais à l’air libre
Comme je n’avais pas de pansement
Et quand j’écrivais
Elle se rouvrait sans cesse.
Et un jour, j’ai perdu l’Orientale
Il faisait très froid, il faisait très nuit
J’ai perdu le goût du monde
Personne ne m’intéressait plus
J’ai réécouté les mêmes vieux disques, souvent
J’ai beaucoup cherché
Je ne dormais pas
Je comprenais
Mes amis me faisaient mal
La lumière me faisait mal
Je voulais revenir en arrière
Je ne l’ai jamais revue
Puis, un autre jour, peu après
Je souriais
Je regardais les gens dans la rue
J’ai eu peur
J’ai cru que j’oubliais
Je devenais infidèle
Pauvre mémoire
Je voyais d’autres femmes
Elles étaient belles
L’Amérique saurait bientôt
Rien n’allait vraiment mieux
Il y avait le choléra en Afrique
Je me souvenais d’une autre Europe
Personne ne savait ses peurs
Ma petite coupure s’était refermée
J’en garde une cicatrice un peu courbée
Et sûrement
Quelques traces de sang brunies
Sur des feuilles volantes quelque part
J’ai connu beaucoup de choses
Vu pas mal de villes
J’ai fait l’amour souvent
J’ai acheté plusieurs montres
Toujours plus chères
Mon époque est tumultueuse et j’aime ça
Tant que j’y comprends quelque chose
Je crois
Je mourrai un jour, peut-être demain
Certaines histoires paraissent bien loin
Mes années prolifèrent
Mes habitudes aussi.
Parfois, quand je ne me réveille pas seul,
Quand je cherche mon stylo dans ma poche
Ou que je me demande ce qu’est devenue ma jeunesse
Dans quel pays elle se trouve, et pourquoi je ne l’ai jamais rejointe
Tous ces détails qui s’exagèrent
Je m’en rends compte
Les détails, eux, n’oublient pas
Alors, je sors fumer dans le froid
Le soleil est souvent en train de se coucher
Je vois le ciel
Je vois le feu d’artifice immobile
Des gens passent, je n’existe pas
Je ne regarde rien
Et mon souvenir est un coup d’œil humide
Toujours femme
Quand j’aime l’Orientale.
Publié par
B.H.
à
17:02
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Libellés : Nascita rouge, Poèmes